Chaos et souffrance : le conflit israélo-palestinien ravive les horreurs de la guerre

Chaos et souffrance : le conflit israélo-palestinien ravive les horreurs de la guerre
السبت 9 ديسمبر, 2023

Par Antoun Souhaid

 

La trêve a pris fin, marquant le retour des bombardements israéliens et des tirs de roquettes à Gaza et au Liban-Sud. La violence s’intensifie de manière dramatique, avec 36 000 blessés dont 40% d’enfants, des hôpitaux débordés, des bâtiments pulvérisés par les bombardements, 6 000 civils encore piégés sous les décombres. La trêve expirée plonge Gaza dans le chaos.

D’une riposte à un massacre humanitaire : « à la guerre comme à la guerre »

Malgré la présence de centaines de milliers de civils, l’offensive israélienne atteint des niveaux sans précédent. Pénurie de médicaments, manque d’hôpitaux pour soigner les blessés, crainte d’épidémies … La situation humanitaire catastrophique ne cesse de s’aggraver.

Selon le Hamas, l’armée israélienne aurait tué près de 15 899 Palestiniens depuis le début de l’attaque du Hamas le 7 octobre, portant le bilan total à près de 60 000 personnes tuées ou blessées.

Le monde observe le conflit entre Israël et le Hamas à Gaza et en Cisjordanie. Le Comité international de la Croix-Rouge dénonce les souffrances « intolérables » de la population palestinienne, soulignant la difficulté de protéger les civils.

Dans cette guerre, Israël viole le droit humanitaire en bombardant non seulement des civils, mais en ciblant ceux qui ne peuvent pas fuir. Adoptant une politique du « oui mais », considérant légitime de tuer des civils au prétexte de la guerre et de la nécessité de détruire le Hamas, Israël ignore les leçons du passé, issues des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, qui ont renforcé le droit humanitaire international pour éviter de répéter les mêmes erreurs. Les bombardements israéliens risquent de faire naître parmi les proches des civils tués, les nouveaux terroristes de demain.

La Cisjordanie : un nouveau front ?

Malgré l’appel d’Israël aux Palestiniens pour évacuer Gaza et anticiper les combats, le Tsahal transforme les territoires en cimetière de civils. La volonté de cibler les infrastructures du Hamas soulève la question de l’expansion de la présence des soldats et colons. Si officiellement le gouvernement de Benjamin Netanyahou vise à éradiquer le Hamas, les colons, en tant que sioniste religieux, cherchent à faciliter l’annexion future de la Cisjordanie par Israël, voire l’expulsion des Palestiniens. L’armée profite de la guerre pour maltraiter les Palestiniens et renforcer la présence envahissante des colons.

La communauté internationale réagit : vers la fin de la guerre ?

Après avoir reproché à la communauté internationale d’avoir négligé la cause palestinienne, celle-ci réagit face au massacre israélien et s’interroge sur la suite du conflit. Les Etats-Unis sanctionnent pour la première fois les colons violents en Cisjordanie, interdisant leur entrée aux Etats-Unis. La France envisage de même de prendre des mesures contre eux.

A ce stade, plusieurs questions se posent : Les sanctions contre les colons mettront-elles fin à la guerre ? Les Palestiniens pourront-ils retourner chez eux ? Les morts pourront-ils reposer en paix ? Qu’en est-il de l’impunité des massacres à Gaza contre les civils ?

Empêcher d’octroyer les visas aux colons ne sera pas suffisant si le fond du problème n’est pas résolu, à savoir la colonisation de la Cisjordanie et la punition des crimes à Gaza.

Bien que symboliques, ces sanctions révèlent un changement de discours. Si les puissances internationales appellent Israël à limiter les dégâts, la remise en question du soutien envers le gouvernement d’extrême droite pourrait changer la donne. Bien que le soutien à Israël en tant qu’Etat ne diminue pas, la seule solution possible pour mettre fin à la guerre est la solution à deux États. Tant qu’il y aura des membres du gouvernement hostiles à cette solution, les négociations restent bloquées et le conflit perdure.

Netanyahou continue de bénéficier d’un soutien international

Bien que le bilan lourd des civils palestiniens ait incité certains pays démocratiques à adopter des sanctions contre les colons, leurs discours politiques montrent toujours un soutien à l'armée israélienne. Les Etats-Unis maintiennent des relations financières et militaires avec Israël, et l’Union européenne n’a pas suspendu ses relations économiques. Pour l’instant, l’arrêt des financements et des accords commerciaux n’est pas à l’ordre du jour.

Sans réel pression, la guerre ne prendra pas fin, laissant les fronts de guerre en ruines.

Une crise politique interne pour régler le conflit ?

Pour rompre le cycle de la haine et de la violence, il incombe à tous les partisans de la paix d’agir pour mettre fin à la guerre violente.

Les pays arabes, ayant abandonné la cause palestinienne au profit de relations commerciales avec Israël, doivent dénoncer les actes cruels du Hamas envers les civils israéliens. Ils doivent également réaffirmer le rôle légitime de l’Autorité palestinienne légitime face à une organisation politique terroriste extrémiste.

De leur côté, les Israéliens doivent tenir le gouvernement Netanyahou et les colons extrémistes responsables des massacres contre un peuple qui paie le prix de son attachement à sa terre. Le droit à l’existence et à l’autodétermination ne peut être assuré que par le biais d’un dialogue.

La radicalisation des discours conduit à la violence. Sans une solution pacifique, le Hamas sera perçu comme un mouvement de résistance, et l’attaque du 7 octobre sera vue comme une victoire. Chez les Israéliens, la sécurité de l’Etat est à risque, la riposte de l’armée est légitime et l'éradication du Hamas sera considérée comme nécessaire, sans distinction entre le parti et les civils. Il y a certainement un « avant » et un « après » 7 octobre mais il y a aussi un « avant » et un « après » bombardement de Gaza du fait du drame que crée chaque opération militaire. Chaque acte de violence laissera des cicatrices dans la mémoire et la conscience des deux populations.