Israël contourne par la route les menaces des houthis en mer Rouge

Israël contourne par la route les menaces des houthis en mer Rouge
الخميس 29 فبراير, 2024

Israël a discrètement créé un réseau routier alternatif via l'Arabie saoudite et la Jordanie pour contourner les menaces que font peser les rebelles yéménites houthis sur les navires empruntant la mer Rouge.

Par Pascal Brunel, Les Echos


Une noria de camions décharge chaque jour des conteneurs dans le port israélien à Haïfa. La scène peut paraître banale. Mais l'itinéraire emprunté par les marchandises livrées l'est beaucoup moins. Importées surtout de Chine ou d'Inde, elles ont été débarquées dans des ports de Dubaï ou de Bahreïn pour éviter que des cargos transitant par la mer Rouge, puis le canal de Suez, soient la cible d'attaques de missiles ou de roquettes de la part des rebelles yéménites houthis, soutenus par l'Iran au nom de la solidarité avec les Palestiniens de Gaza.

Ces agressions , qui se sont multipliées depuis le début de la guerre le 7 octobre, ont contraint une partie des cargos des compagnies maritimes internationales à faire tout le tour de l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, provoquant presque un doublement de la durée des transports et une hausse substantielle des coûts ainsi que des frais d'assurance.

« En transit » Face à ces menaces, Israël, dont le commerce extérieur dépend à plus de 90 % de la mer, a mis en place un réseau de déviations terrestres. Les marchandises destinées à l’Etat hébreu sont ainsi transportées par camions à travers le territoire de l’Arabie saoudite jusqu’à la frontière entre la Jordanie et Israël, où elles sont chargées sur des camions israéliens, qui les transfèrent jusqu’à Haïfa dans le nord du pays. Toute cette opération de contournement anti-houthis se fait plutôt discrètement. Les documents présentent les conteneurs comme étant « en transit » , ce qui permet d’éviter de mentionner Israël comme le destinataire final.

Cette « précaution » est prise pour tenir compte des susceptibilités de l’Arabie saoudite, qui n’entretient pas de relations diplomatiques avec l’Etat hébreu et refuse de reconnaître qu’elle entretient des liens commerciaux avec lui. La Jordanie ne tient pas non plus à faire étalage de ce trafic routier. Une grande partie de la population de ce royaume est d’origine palestinienne alors que la guerre menée dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre à la suite de massacres du Hamas dans le sud d’Israël continue à faire rage, avec son énorme lot de victimes au sein de la population palestinienne.

En revanche, les Emirats et Bahreïn éprouvent beaucoup moins de réticences depuis que ces deux pays ont normalisé leurs relations avec Israël dans le cadre des accords dit « d’Abraham » conclus sous l’égide des Etats-Unis en 2020.

Arme antiterroriste
Le gros du fret transporté vers Israël porte sur des matières premières, des produits textiles, des métaux pour l’industrie, de l’aluminium, des tuyaux métalliques ou encore des équipements électroniques, notamment. Consulté sur les questions de sécurité concernant les camions entrant sur le territoire israélien, le ministère israélien de la Défense a donné son feu vert à des procédures de contrôle. Le choix a été rapide étant donné les avantages. « Le transport routier permet de réduire à vingt jours les délais de livraison, alors qu’ils atteignent cinquante à soixante jours avec les bateaux qui contournent l’Afrique, nous économisons ainsi entre vingt et vingt-cinq jours pour des marchandises en provenance de Chine », assure un dirigeant de Mentfield Logistics, une entreprise israélienne du secteur.

Une autre firme israélienne, Trucknet Entreprise, a été encore plus loin. Elle a conclu en décembre un accord avec une compagnie égyptienne pour assurer le transport par camions, via Israël, de marchandises destinées à l’Egypte et à l’Europe à partir du port de Dubaï. « Notre but n’est pas de remplacer le canal de Suez, mais de créer des routes express complémentaires, qui permettent de réduire les délais de livraison », explique un cadre de Trucknet.

Pour compléter le tableau, Miri Regev, la ministre israélienne des Transports, a entamé le mois dernier des négociations avec Abu Dhabi pour assurer un transit routier de conteneurs en provenance d’Indes. « Tout ceci constitue la meilleure preuve que l’économie et le commerce constituent une arme efficace pour contrer les terroristes et les pays qui les soutiennent comme l’Iran », souligne un diplomate israélien.