Les embarras trumpiens de Giorgia Meloni

Les embarras trumpiens de Giorgia Meloni
الخميس 20 مارس, 2025

Contre toute attente, la présidente du Conseil italien n’est pas la grande gagnante en Europe du retour aux affaires de Donald Trump. Empêtrée dans l’affaire SpaceX, la société de son ami Elon Musk, la dirigeante d’extrême droite semble effacée dans le débat européen autour de la défense.

Pierre Haski. LE NOUVEL OBS.

Donald Trump a l’art de brouiller les pistes : qui est ami, qui est l’ennemi ? La question n’est pas du registre de l’émotion : elle a des conséquences sur les droits de douane, sur la défense, sur sa place dans le monde. Il y a trois mois, tous les analystes s’entendaient pour estimer que Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien, était la mieux placée au sein de l’Union européenne pour devenir la principale interlocutrice de l’administration Trump. Sa proximité avec Elon Musk, l’appréciation personnelle du président, sa présence à l’investiture du 20 janvier… tout en faisait la grande gagnante de la nouvelle donne.

Deux mois seulement de présidence de Donald Trump, et c’est l’inverse qui se produit. Giorgia Meloni est empêtrée dans sa précipitation à signer un contrat avec SpaceX, la société de son ami Musk ; et elle doit gérer une coalition dans laquelle les pro-Poutine doublés de pro-Trump, comme Matteo Salvini, le chef de la Ligue, lui rendent la vie difficile, à elle qui a maintenu depuis le début un soutien sans équivoque à l’Ukraine, en ligne avec les positions européennes. Pour cette raison, ou par simple désarroi dans un pays où la place de l’Otan est centrale, Meloni semble effacée dans le débat qui s’est emparé de l’Europe autour de la défense, malgré les ambitions de l’industrie de défense italienne. Où est l’Italie dans l’affirmation de l’ambition d’une Europe contrainte de se penser sans les Etats-Unis? Estimation d’un connaisseur de la vie politique italienne: « S’il y avait un bon leader de centre-gauche, Meloni tomberait », victime collatérale d’un « trumpisme » disrupteur, y compris chez ses amis.

L’affaire SpaceX est significative, car elle touche à la souveraineté. Giorgia Meloni a annoncé que le système de télécommunications d’Elon Musk avait sa faveur pour l’armée italienne, plutôt qu’une option européenne en discussion. Elle a vanté sa fiabilité, tant au niveau national qu’international. Mais après la dernière polémique entre Musk et la Pologne, autour d’une menace à peine voilée de couper le signal de SpaceX à l’armée ukrainienne, l’opposition s’en est prise à Meloni et à la confiance aveugle qu’elle place en son ami américain qu’elle décrit comme un « génie ». Même le président italien, Sergio Mattarella, théoriquement neutre, s’en est mêlé après les critiques de Musk contre la magistrature italienne. Cette affaire est devenue le sparadrap de Meloni, impossible de s’en débarrasser.

Les déboires de Giorgia Meloni sont révélateurs du caractère toxique de relations trop proches avec Musk et son entourage. Ils expliquent la prudence de Marine Le Pen et le recul de Jordan Bardella après le salut nazi de Steve Bannon à la conférence à laquelle il devait prendre la parole, s’attirant le quolibet de « fillette » de la part du « maverick » Bannon, qui s’est cru un temps le fédérateur des «patriotes» européens. C’est aussi la limite de tous les exercices de pseudo-amitié avec Donald Trump : Emmanuel Macron en joue en toute connaissance de cause, pour s’y être déjà cassé le nez lors du premier mandat du milliardaire républicain.

Gouverner au temps de Trump, c’est éviter les balles perdues qu’on n’attendait pas – comme le Premier ministre irlandais en visite à la Maison-Blanche à quelques jours de la Saint-Patrick, qui pensait participer à une rencontre paisible avant de se voir accuser d’avoir « volé » l’industrie pharmaceutique américaine. Et c’est construire la résilience de son pays à l’annonce d’une météo transatlantique agitée. Pas facile, mais il n’y a pas d’alternative.