Russie et Hamas, la convergence des luttes

Russie et Hamas, la convergence des luttes
الخميس 7 ديسمبر, 2023

ÉDITO. Sa furie anti-occidentale pousse Vladimir Poutine à nouer alliance avec les radicaux islamistes et avec leur chef de file, l’Iran.
Par Luc de Barochez- Le Point


rapprochement avec Vladimir Poutine, au prétexte qu'il serait notre « allié naturel » contre le terrorisme islamiste. Or, que voit-on ? La Russie s'est rangée résolument du côté du Hamas, bien qu'elle ait perdu 23 de ses citoyens, tués dans les massacres perpétrés dans le sud d'Israël. D'ordinaire si prompt à dénoncer ses opposants les plus pacifiques comme des « terroristes », le régime poutinien n'a jamais prononcé ce mot à l'encontre du Hamas. Le Kremlin a même jugé inutile d'ouvrir une enquête sur les pogroms du 7 octobre. Circulez, il n'y a rien à voir !

Si la Russie apparaît comme la seule gagnante, avec l'Iran, de la tragédie en cours au Proche-Orient, alors que les États-Unis sont englués dans leur soutien à Israël, que les pays arabes doivent composer avec une opinion publique acquise à la cause palestinienne et que les Européens sont divisés comme jamais, c'est qu'elle cultive de longue date des liens avec le Hamas et qu'elle n'a fait que les renforcer depuis le 7 octobre. Dès 2006, Poutine fut l'un des premiers dirigeants à féliciter le Hamas pour sa victoire électorale contre le Fatah à Gaza. A plusieurs reprises depuis, les dirigeants du mouvement terroriste ont été ostensiblement reçus à Moscou, notamment cette année, le 16 mars puis encore le 10 septembre, quatre semaines avant les tueries.

S'il n'est pas prouvé que le Kremlin a trempé directement dans l'approvisionnement du Hamas en armes russes notamment des missiles antichars à guidage laser Kornet qui se trouvent aux mains des terroristes, il est établi que des millions de dollars ont été transférés avant l'attaque, via la plate-forme russe de cryptomonnaie Garantex, au profit de portefeuilles numériques liés au mouvement islamiste palestinien. On ne sait pas si Moscou était au courant des préparatifs de l'attaque. Mais il est certain que, depuis qu'elle a eu lieu, la Russie et ses relais médiatiques et politiques font leur possible pour répandre et amplifier la propagande pro-Hamas, par les canaux officiels comme sur les réseaux sociaux.

Le régime poutinien a intérêt pour au moins quatre raisons à l'aggravation du chaos au Proche-Orient.

Primo, le conflit détourne l'attention de la guerre en Ukraine et contribue à l'objectif du Kremlin, qui est de tenir dans la durée en pariant sur un affaissement continu du soutien international en faveur de Kiev.

Secundo, il creuse les fractures au sein des opinions publiques occidentales, en encourageant le « djihadisme d'atmosphère » en Europe et en mettant le président Joe Biden en difficulté en Amérique.

Tertio, il soutient les prix du pétrole et du gaz, ce qui aide Moscou à financer sa guerre contre Kiev.

Quarto, il étaye le message adressé par Moscou au monde arabo-musulman, qui peut se résumer ainsi: la politique américaine au Proche-Orient est désastreuse, la Russie est une puissance bien plus proche de vos intérêts.

Vladimir Poutine, pourtant, n'a pas toujours suivi cette ligne. Lorsqu'il lance la deuxième guerre de Tchétchénie, en 1999, il veut « buter les terroristes jusque dans les chiottes ». Deux ans plus tard, après les attentats du 11 Septembre aux Etats-Unis, il se dit aux côtés de l'Amérique. Encore en 2015, il justifie son soutien au dictateur svrien Assad par le combat antiterroriste bien que les forces russes n'aient jamais sérieusement affronté l'Etat islamique.

Mais la donne a changé. Poutine suit désormais un cours foncièrement anti-occidental, qui le conduit à privilégier l'alliance avec les radicaux islamistes et leur chef de file, l'Iran. Les difficultés qu'il rencontre dans sa guerre en Ukraine l'incitent à amplifier son positionnement « anticolonial » destiné à lui attirer les faveurs des Etats du « Sud global ». Il a sacrifié la relation qu'il avait patiemment nouée avec Benyamin Netanyahou et s'est même découvert une fibre humanitaire en dénonçant, les larmes aux yeux, le « bain de sang » à Gaza, lui qui a présidé à la mort de milliers de civils écrasés sous les bombes russes en Tchétchénie, en Syrie puis en Ukraine.

Fin octobre, il a même affirmé qu'« on ne peut aider la Palestine qu'en combattant ceux qui sont derrière cette tragédie », à savoir « les élites au pouvoir aux Etats-Unis et leurs satellites ». A le suivre, l'Ukraine est devenue un théâtre où se joue la libération de la Palestine et le Kremlin, un fer de lance du djihad global. Nous voilà prévenus.